Le peuple hébreu tel que documenté dans l’Ancien Testament ne faisait pas de distinction entre « Dieu » et « Satan ». En fait, « Satan » sous la forme de nom propre (avec un S majuscule) pour désigner un être qui était la somme du mal et l’ennemi juré de Dieu n’existait même pas dans leurs croyances. Au contraire, « hasatan » ou « le satan », signifiant « l’adversaire » ou « l’opposant », était un terme générique désignant une facette de Dieu exprimée à travers des anges ou des êtres divins qui exécutaient la volonté contradictoire ou destructrice de Dieu. Cette fonction contradictoire n’était pas du tout considérée comme « mauvaise » au sens diabolique du terme.
Je réitère; lorsque le peuple hébreu parlait de « satan » il y a 3 000 ans, il ne conceptualisait pas un prince des ténèbres cosmique et diabolique qui serait l’ennemi juré de Dieu, mais plutôt un rôle antagoniste qui serait une facette de la volonté divine. Tout au long de l’Ancien Testament, il y a des moments où les nations agissent comme des satans, où les gens agissent comme des satans, où les anges agissent comme des satans, accomplissant ainsi la volonté de Dieu. Le mot était un terme générique désignant un rôle contradictoire voulu par Dieu à des fins de jugement, de correction et d’épreuve.
Ensuite, nous avons le livre de Job, une parabole qui aborde le problème de la théodicée, c’est-à-dire pourquoi Dieu permet le mal dans le monde. Je dis « parabole » parce que le peuple juif ne considère pas que cela s’est littéralement produit. Même s’il est possible qu’un homme ait souffert ainsi il y a des milliers d’années et ait eu des conversations profondément existentielles et philosophiques avec ses amis à propos de ses souffrances, il est très improbable que celui qui a écrit à ce sujet savait que c’était parce qu’un être divin accomplissait les tâches contradictoires de Dieu. Il a parié avec Dieu que Job abandonnerait la foi si sa vie était plongée dans une calamité. Job fonctionne bien comme une parabole et encore une fois, « le satan » dans l’histoire n’est pas conçu comme la personnification diabolique totale du mal que nous attribuons maintenant au nom « Satan », mais plutôt comme un être dans le « conseil des dieux ». qui remplit une fonction contradictoire dans l’histoire.
Pendant la période inter-testamentaire, c’est-à-dire la période entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament, la théologie du peuple hébreu évoluait (tout comme la théologie, la Bible n’est pas statique, elle montre une évolution et une lutte de pensée concernant le divin), et la « littérature apocalyptique » s’est développée; un genre littéraire prophétique ou mystique qui prédit des événements cataclysmiques d’inspiration surnaturelle qui se produiront à la fin des temps, car le mot apocalypse signifie « un dévoilement ou un déploiement de choses inconnues auparavant et qui ne pouvaient pas être connues en dehors du dévoilement ». Ce genre de littérature imaginait une confrontation finale entre le bien et le mal et ainsi, comme dans le livre d’Enoch, conceptualisait un ennemi juré de Dieu avec le nom formel de Satan ou Adversaire qui fut finalement vaincu, provoquant la restauration du monde.
Ainsi, lorsque nous arrivons au Nouveau Testament et que nous voyons soudainement apparaître un ennemi juré de Dieu nommé Satan que Jésus est venu chasser et détruire, cela reflète une compréhension évoluée de Dieu où cette fonction contradictoire qui, auparavant, dans tout l’Ancien Testament, a été attribuée à Dieu, dans tous ses actes violents et destructeurs, a maintenant été retiré de l’image divine et est devenu un ennemi diabolique distinct de Dieu.
Cela devrait absolument éclairer la façon dont nous lisons l’Ancien Testament.
La conclusion évidente de ceci est que les gens de l’Ancien Testament qui considéraient « l’adversaire » ou le satanique comme une extension de Dieu, et attribuaient donc tous les meurtres et toutes les destructions à Dieu, avaient tort. Jésus nous montre un Père qui n’a aucune fonction contradictoire, aucun désir de violence envers sa création, et dont la nature est de guérir et de restaurer l’humanité brisée. En Christ, la véritable « apocalypse » ou dévoilement de Dieu se produit lorsque l’élément satanique qui était considéré comme faisant partie de Dieu « tombe du ciel comme un éclair » et est donc exposé et vaincu par la révélation de la bonté triomphante du Père.
Il est vraiment indéniable que cela signifie que même si les prophètes ont eu des révélations qui ont servies de fondements et ont fait partie de l’inspiration progressive évoluant vers une compréhension complète de Dieu en Christ, elles étaient toujours filtrées à travers une vision imparfaite de Dieu qui faisait que l’on attribuait à Dieu certaines choses qui n’étaient pas réellement Dieu. Jésus affine la révélation imparfaite des prophètes et, par son Esprit, nous aide à garder le bébé tout en jetant l’eau du bain.
Jésus est la révélation parfaite de Dieu.
(Traduction d’une publication Facebook de Jacob M. Wright)